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jeudi 3 mai 2018

"Le Chemin Néocatéchuménal" ou "du Néocatéchuménat". Un mouvement sectaire au Vatican (1)





Suite à mon précédent article concernant "le Chemin" (lire ici), certains m'ont demandé comment j'avais connu le Chemin du Néocatéchuménat (aussi appelé Chemin néocatéchuménal).

Premier contact.

Cela fait quelques dizaines d'années que j'habitais la banlieue strasbourgeoise. J'avais fait la connaissance de ma charmante épouse dont la famille appartient à ce mouvement. Ils fréquentaient une paroisse dans le Quartier de l'Esplanade, à Strasbourg. Sous la pression de sa famille, ma future épouse me suggéra une cérémonie dans l'Eglise Catholique. Or, ma situation familiale de divorcé m'interdisait formellement une cérémonie religieuse dans cette église. La seule alternative pour y accéder était d'obtenir une décision de nullité de mon précédent mariage.
Pour lui faire plaisir, je rencontrais donc un prêtre de l'Officialité (ça s'appelle comme çà !) à l'Archevêché de Strasbourg. J'appris qu'il fallait que je prouve, après un bon nombre d'années, après deux jugements de cette instance, que les conditions de maturité du couple n'était pas réunies pour qu'à posteriori, mon mariage fut déclaré invalide. Un véritable délire.... L'entretien fut relativement bref. Mon interlocuteur ne crut pas bon d'échanger un seul regard avec moi, débitant son discours d'une voix monocorde, en regardant le mur. Il n'oublia pas de me glisser une feuille, en insistant sur le fait qu'il y aurait quelques frais (environ 400 € actuels). Quoi de plus normal dans l'Eglise Catholique.... Devant un tel accueil, nous décidâmes, mon épouse et moi, de laisser tomber. Décidément, cette l'église romaine n'avait pas évolué et nous n'y avions plus notre place. Elle tolérait volontiers, dans un silence assourdissant, les exactions coupables de son clergé, mais manifestait bien peu de charité chrétienne envers ses brebis.

Lorsqu'ils apprirent notre décision, la famille de ma future femme nous invita à en discuter. Ce couple qui paraissait jusqu'alors assez aimable, nous montra sa véritable nature. Nous eûmes droit au discours sectaire et fanatique d'un vieux couple hargneux et agressif. Les adeptes du Chemin, pour le moins fanatiques et intolérants, n'avaient rien à envier aux intégristes de Mgr Lefèbvre. A bout d'arguments, devant notre détermination, le monsieur nous dit « d'aller nous marier à la mosquée ». Quelle curieuse invitation ! Le plus savoureux dans l'histoire, était que l'épouse de cet individu est d'origine arabe. Mais, le ridicule n'a jamais tué personne, surtout pas les gens du Chemin...

Devant un discours aussi radical, je décidais de me renseigner sur ce fameux « Chemin Néocatéchumal» et je ne fus pas déçu. Je m'adressais donc au prêtre qui m'avait marié précédemment. Nous avons toujours gardé d'excellentes relations. Il avait eu à faire à ces gens-là à Mulhouse, les décrivant comme « des loups déguisés en agneaux ». Pour lui, laisser entrer le Néocatéchuménat dans une paroisse, c'était laisser entrer le loup dans la bergerie. Il m'expliqua que leur technique d'infiltration sournoise était simple, semblable à celle du coucou : investir le nid des autres. Quelques laïcs se présentaient en compagnie d'un prêtre, tous très mielleux et gentils, et proposaient une catéchèse pour adulte en vue de la « nouvelle évangélisation », prônée par le Concile Vatican II. Ensuite, une fois acceptés, ils prenaient des responsabilités dans la paroisse et imposaient les dogmes très particuliers du Chemin Néocatéchuménal de leurs gourous espagnols Kiko Arguello et Carmen Hernandez (décédée en 2016).
Leurs enseignements très fondamentalistes (et pour le moins particuliers) s'écartaient très largement de celui de l'Eglise. Ils ont une organisation bien à eux, avec des catéchistes itinérants qui vivent aux crochets des communautés, collectant régulièrement de l'argent pour « le chemin ». Ils créent une communauté, une communauté parallèle très fermée, fonctionnant en marge de la paroisse, très sectaire (tout ce qui était en dehors du Chemin était « mauvais »), et il s'en suivait la plupart du temps, un éclatement et la fermeture de la paroisse. Il me conseilla expressément de m'éloigner des membres de ce mouvement douteux, qu'il considérait comme une secte. Je m'aperçus plus tard, par les contacts que j'eus avec ces gens, que c'était loin d'être faux.
Lors d'une rencontre, un des responsables de la communauté , sans aucune honte, me confiait à demi mots, le choix dans le profil des personnes ciblées : « Nous, ce qui nous intéresse dans le Chemin, ce sont des gens qui ont des problèmes. Ils ne posent pas de questions ». Le ton était donné. Le discours est pauvre. Il faut dire que les catéchistes du Chemin dispensent un argumentaire appris par coeur, et rien d'autre !


La chasteté

Une anecdote aussi grotesque que lamentable m'indiqua jusqu'où pouvait aller l'intrusion de cette bande de fanatiques dans la vie privée de ses membres.
Un jeune couple de leur communauté vivait en concubinage. Enfer et damnation. On leur fit vite comprendre que cela n'était pas conforme avec « le Chemin ». Les pauvres durent subir un week-end entier en immersion totale, une retraite sur « comment vivre la chasteté ». Mais, comment résister à la tentation ? Une solution pour le moins originale leur fut donnée. Si la jeune fille arrêtait de prendre la pilule, le Saint-Esprit ferait sont œuvre et elle ne serait plus envahie pas la tentation de la chair. La pauvre put tenir le coup quelques jours, mais le désir reprit le dessus et, arriva ce qui devait arriver : elle tomba enceinte. Bien sur, on les maria très vite avant que cela se sache.
Dans le Chemin, on vous apprend l'obéissance et surtout pas l'intelligence. On vous formate le cerveau au point d'en oublier toute logique dans la vie de tous les jours.

Le mariage

Un couple, dont la femme fréquentait cette communauté, vivait en concubinage avec un brave homme (baptisé protestant). Ils avaient eu une petite fille ensemble. Là encore, comme à l'accoutumée, un responsable les harcela pour se marier religieusement, avec une messe célébrée (bien sur !) par un prêtre du Chemin. Je fus sollicité pour mettre en place le buffet qui suivait la cérémonie. Je me retrouvais avec une femme hystérique qui me raconta des déboires sentimentaux. Le fameux buffet était ragoûtant, comportant entre autres, des tartines de pâté racornies et préparées la veille.
Nous assistâmes à la Messe. Un vieux prêtre italien, qui semblait avoir quelques trous de mémoire, célébra tant bien que mal une Messe laborieuse à la liturgie bien fantaisiste qui était spécifique au « Chemin ». Il y eu quelques chants, aux accents de flamenco, interprétés par un pauvre garçon qui grattait furieusement sur sa guitare en chantant faux. A la fin de l'office, dans une exaltation intense, une grande partie de l'assistance se mit à danser autour de l'autel. J'appris plus tard que c'était « la danse de David ».

Des personnes en souffrance.

Quelques membres, durant les quelques années où j'ai eu des contacts avec eux, m'ont fait part de leur grande souffrance.
Leur position était très ambivalente. D'un côté, elles exprimaient leur lassitude d'un mouvement très prenant qui dirigeait et régentait leurs vies. D'un autre côté, elles décrivait une certaine addiction. « Le Chemin, c'est comme une drogue pour moi », me décriva une certaine Corinne.
Les responsables et catéchistes itinérants dont un certain Julien) exerçaient une pression constante, se nourrissant d'une délation institutionnalisé dans le Chemin. Le moindre fait et geste, le moindre commentaire qui n'allaient pas dans le sens désiré étaient immédiatement rapportés, et le malheureux auteur de l'acte délictueux était recadré sine die. Les demandes d'argent étaient récurrentes et très fréquentes. On demandait même à certains de payer la dîme.
La rétention des membres qui avaient dans l'idée de quitter le Chemin est très active. Quand on tient une proie dans ses filets, on ne la lâche pas comme çà dans ce mouvement. Les membres épris de liberté étaient régulièrement contactés. On leur promettait les pires malheurs et punitions divines s'ils quittaient le chemin, en émaillant l'argumentaire par des histoires inventées de toutes pièces où ceux qui avaient osé quitter le Chemin, se retrouvaient dans des situations inextricables. Bref, tous les moyens étaient bons pour retenir les membres des groupes. Devant le harcèlement dont ma future épouse était victime, je dus vigoureusement demander à un des responsables de la laisser en paix. Il n'insista pas, me disant à nouveau au passage, que « ce qui les intéressait dans le Chemin, c'étaient les personnes qui avaient des problèmes et qui leur obéissaient au doigt et à l'oeil ». On s'en serait douté.
Les nombreux enfants des catéchistes étaient ballotés au gré des aspirations de leurs parents, suivant quelquefois une scolarité décousue. Du jour au lendemain, toute la famille devait tout quitter pour aller évangéliser l'Afrique...

Comme partout, l'historique de cette communauté du Chemin néocatéchuménal était très chaotique et problématique sur Strasbourg. Ils avaient séjourné dans diverses paroisses catholiques strasbourgeoise (Paroisse Saint Jean, Notre Dame de Lourdes, la Sainte Trinité) et chaque fois, ils n'avaient laissés qu'une paroisse déserte et des ruines, ayant profité des locaux sans rien apporter à la paroisse, au grand désespoir des prêtres en place qui s'apercevaient, un peu tard, qu'ils s'étaient faits berner. Ils ont trouvé refuge à la paroisse Saint Antoine de padoue, dans le quartier de Cronenbourg.





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